
Quelqu'un déboule tout à coup.
Qui va là ?
Il est tout au bout de la scène, regard fixe, cœur ouvert, culottes courtes, tout en noir, grosses chaussures.
Un pirate, c'est Saint Just.
Ou pas encore, c'est bientôt Saint Just, ce n'est encore personne, un comédien, quelqu'un, le premier venu, n'importe qui, vous ou moi.
Son corps dégingandé s’anime et alternativement il va déclamer le discours de Danton avant son exécution et faire exister le peuple vibrant dont on a l’impression de faire partie, puis un vieillard, l’Hercule du peuple, une salle bondée, tout un monde en quelques gestes : ses mots créent une sorte de parabole, on a l’impression d’assister à un événement légendaire, religieux…
La voix tonne et me saisit, je ne voudrais pas perdre un de ces mots. Je suis absorbé par ce regard ouvert sur le vide. Le mouvement répétitif de sa main qui s’élève lentement puis s’abat avec force, est hypnotique, comme le va-et-vient d’un pendule, sauf qu’ici, c’est la lame d’une guillotine !
Je finis par ne plus rien voir que cette grosse tête aux yeux exorbités, flottant dans le vide, la bouche grande ouverte… Derrière elle, je vois apparaître une galerie d’énormes bouteilles pleines de reflets.
C'est un rideau en plastique frappé par la lumière.
Gabriel C.
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