jeudi 23 septembre 2010

Vision de Saint Just


Quelqu'un déboule tout à coup.

Qui va là ?

Il est tout au bout de la scène, regard fixe, cœur ouvert, culottes courtes, tout en noir, grosses chaussures.

Un pirate, c'est Saint Just.

Ou pas encore, c'est bientôt Saint Just, ce n'est encore personne, un comédien, quelqu'un, le premier venu, n'importe qui, vous ou moi.

Son corps dégingandé s’anime et alternativement il va déclamer le discours de Danton avant son exécution et faire exister le peuple vibrant dont on a l’impression de faire partie, puis un vieillard, l’Hercule du peuple, une salle bondée, tout un monde en quelques gestes : ses mots créent une sorte de parabole, on a l’impression d’assister à un événement légendaire, religieux…

La voix tonne et me saisit, je ne voudrais pas perdre un de ces mots. Je suis absorbé par ce regard ouvert sur le vide. Le mouvement répétitif de sa main qui s’élève lentement puis s’abat avec force, est hypnotique, comme le va-et-vient d’un pendule, sauf qu’ici, c’est la lame d’une guillotine !

Je finis par ne plus rien voir que cette grosse tête aux yeux exorbités, flottant dans le vide, la bouche grande ouverte… Derrière elle, je vois apparaître une galerie d’énormes bouteilles pleines de reflets.

C'est un rideau en plastique frappé par la lumière.

Gabriel C.


La circulation de la parole dans Notre Terreur

Au commencement, il y a le verbe.

Un homme vient et il déroule un long récit dont il trace les zigzags avec les mains : le corps est là pour écrire dans l'espace la parole qui se déploie comme une rampe de lancement.

Ensuite, ça parle. Beaucoup, ça discute, ça cause. Débats. Vifs, vivants, crus.

Du document historique, on extrait une langue vive et coupante. Et on la mêle d'une autre langue vivante : celle d'aujourd'hui inventée dans l'instant.

Et on joue avec la langue, les langues : rythmes, scansions, débits, accélérations, pauses, embardées, dérapages, croisements, chocs, entrelacs.

Mais ensuite, ce qui advient c'est la pulsation de la parole de la Terreur : parole vive, emballée, précipitée, libérée, débondée, enflammée, inspirée, passionnée d'arguments et de saillies – puis arrêtée par l'unanimité. Le vote tranche. Décapite.

La Terreur c'est une passion du verbe et de la parole, qui les conduit de leur triomphe à leur défaite, brutalement.

Ce qui terrifie c'est comment ce mouvement vivant des paroles et des voix, et des idées est rudement et régulièrement arrêté. La Terreur a son rythme ou son tempo : c'est celui de la syncope.

La pièce, comme la Terreur, fonctionne à la fois comme une machine à parler et à faire taire.


mercredi 22 septembre 2010

Le message de l'Inaugurateur

Chers visiteurs, agrémentées, assermentés, avertis ou clandestins,
Ce blog est le vôtre : il attend vos contributions et vos commentaires.
Il se veut espace d'écriture autour du phénomène théâtral :
Comment l'expérience du théâtre et surtout de la représentation peut-elle se métamorphoser en aventure de l'écriture ?
Comment le plateau peut-il s'approcher par l'espace plan de la page ?
Comment convertir le signe vivant du corps théâtral en chair verbale ?
Comment circonscrire, transcrire et transmettre l'expérience singulière que chacun(e) traverse du phénomène publique de la représentation ?
Espace d'expérimentation, donc.
Lieu de rencontres, d'échanges, de controverses.
Laboratoire.
Mais joyeux et vif.

Pour se mettre en appétit, affûter l'oeil, aiguiser la plume, un menu apéritif : la représentation samedi 18 septembre 2010 à 21h de Notre Terreur par la compagnie d'ores et déjà au théâtre de la Colline.