vendredi 22 avril 2011

Maleine Thoughts

Le sang de Maleine coule en silence. Au ciel les étoiles filent sans gémir. La forêt muette
absorbe tout. Maeterlinck nous plonge dans un monde merveilleux où les actions
humaines les plus atroces adviennent au milieu dʼune nature stupéfiante de beauté.
Est-ce un moyen de maquiller le cadavre, de noyer le poisson?
La Princesse Maleine est une pièce de la passivité et de lʼennui. Les actes horribles se
succèdent dans une sorte dʼinquiétante sérénité. Les rires sonnent faux et lʼépurement
des répliques souvent répétées semble lourd de sous-tenus. Mais que disent-ils donc sans
le dire?
Peut-on espérer les voir sortir de leur coupable silence, quand même le sacrifice de la
princesse les laisse de glace?
Sont-ils vraiment maléfiques, ou ne sont-ils que de froides statues de marbre, que les
heures sanguinaires ne peuvent ébrécher?
Si aucun de ces drames nʼimporte, où donc est la vérité?
Nous demeurons dans le doute et le malaise. Pourquoi ne réagissent-ils pas? Pourquoi
ces atrocités semblent-elles banales?
Doucement, nous rentrons sans le vouloir dans le jeu de Maeterlinck, comme blasés face
à tant de trahisons, de morts, et nous devenons impassibles. Notre oeil devient complice.
Cachés dans la pénombre du château, nous assistons au pire, mais sans broncher, bien
plus fascinés par les étoiles et les yeux de la forêt que par le drame personnel de chacun
des personnages.
Si tout ce mal est sans importance, que cherche donc à nous dire Maeterlinck? Que
sommes-nous sensés voir par-delà les fontaines du parc et les épais murs du château?

Alexandre